Mon article précèdent concernant le futur de l’Union européenne a réussi à attirer des lecteurs et des commentaires, notamment ceux de Pierre-Emmanuel Thomann, docteur en géopolitique diplômé de l’Université Paris 8, plus particulièrement de l’Institut français de géopolitique (IFG). Sa page Facebook ainsi que son site Internet se trouvent sous les liens suivants :

https://www.facebook.com/eurocontinent.eu/
http://www.eurocontinent.eu/

Quant à mon article précèdent, vous pouvez le trouver en cliquant ici. Nos échanges d’avis dans les commentaires furent très enrichissants. Je suis plutôt de tendance euro-atlantique par pur pragmatisme. Actuellement la Pologne est un protectorat américain non officiel, ce qui la protège de la Russie. Rares sont les Polonais qui souhaiteraient revoir leur pays retomber dans la zone d’influence russe. Néanmoins, nous vivons dans une époque assez intéressante. Le monde que nous connaissons change. L’époque de la „Pax Americana” touche à sa fin ou fait même déjà partie du passé. La situation actuelle est une transition entre la domination des Etats-Unis sur le reste du monde et un environnement géopolitique multipolaire dont les acteurs principaux hormis les USA seront ou sont déjà notamment la Chine, l’Inde et la Russie.

En ce qui concerne l’Union européenne, elle constitue un grand point d’interrogation. A la base cette organisation devait aboutir à un bloc de pays coopérant ensemble afin d’obtenir le plus de pouvoir et d’influence possible dans ce nouveau monde multipolaire. Actuellement certains voudraient faire passer l’idée de transformer le projet européen en un état fédéral. Vu les divergences d’intérêts des différents pays membres, ce projet devrait tomber à l’eau. Il est plus qu’utopique. Monsieur Pierre-Emmanuel Thomann est d’avis que la France et l’Union européenne devraient se tourner vers Vladimir Poutine. Selon lui le danger représenté par la Russie n’est qu’une propagande de l’OTAN et des Etats-Unis qui ont pour but de diviser l’Europe.

La Russie fait déjà partie de son propre bloc, l’Union économique eurasiatique, qui regroupe la Russie, le Bélarus, le Kazakhstan, l’Arménie, le Kirghizstan. Un sixième pays en fera bientôt partie : le Tadjikistan qui a introduit une demande d’adhésion il n’y a pas longtemps. Cette alliance économique est également ouverte à l’Ouzbékistan et au Turkménistan. La Moldavie, l’Ukraine et la Géorgie pourraient eux aussi participer à ce projet mais ces pays-là préfèrent rentrer dans l’Union européenne. Quant à l’Azerbaïdjan, cet état bascule culturellement et politiquement entre l’Europe et le monde turque. Il est également possible que la Mongolie adhère à l’Union économique eurasiatique vu l’amitié de ce pays avec la Russie. Fusionner ce projet avec celui de l’Union européenne permettrait de créer une zone de libre-échange allant de Lisbonne à Vladivostok ainsi qu’un axe entre Paris, Berlin et Moscou qui serait capable de résister à Londres et à Washington. Néanmoins, je ne vois pas de place pour Varsovie dans ce projet et c’est la raison pour laquelle je suis un fervent partisan de l’euro-atlantisme.

Il est vrai que la Russie ne représente aucun danger pour la France, mais ce n’est pas le cas pour la Pologne. Les intérêts de la France et la Pologne sont tellement divergents que je comprends encore mieux la raison de la guerre de l’information menée envers ce deuxième pays. Une Pologne forte et souveraine n’arrange pas grand monde. Depuis que la France est dirigée par Emmanuel Macron, nous pouvons ouvertement dire que nos pays sont de réels ennemis. Vu que la Pologne est marginalisée au sein de l’Union européenne, elle le serait encore plus dans une Union eurasiatique. La raison d’état des Etats-Unis est de ne pas permettre la réunification de l’espace eurasiatique car cela mettrait leur position sérieusement en danger. Nous avons donc des intérêts communs non pas avec les Français et les Allemands mais avec les Américains. Néanmoins, une éventuelle alliance russo-américaine pour résister face à la Chine pourrait mettre les pays d’Europe centrale et orientale en danger. Ils pourraient être vendus aux Russes tout comme ils le furent à la fin de la Seconde Guerre mondiale lors des conférences de Téhéran et de Yalta.

Une chose pourrait profiter à la Pologne : la montée de l’islamisme radical dont le pays a si peur. Une des raisons pour laquelle les Polonais ne souhaitent pas voir des réfugiés sur leur sol est le risque de faire venir des terroristes. Il s’agit donc d’une ironie du sort. Je sais que de tels propos sont plus que cyniques de ma part mais c’est comme cela que fonctionne la politique internationale. Les malheurs des uns font parfois le bonheur des autres. La Première Guerre mondiale fut une énorme opportunité pour la Pologne. Etant donné l’affaiblissement de nos occupants, nous avons su recréer notre propre armée tout en organisant des insurrections que nous avons gagné. C’est ainsi que le pays a retrouvé son indépendance après avoir été le Kurdistan de l’Europe durant 123 ans. Une tragédie ayant fait des millions de morts fut pour nous plus qu’un cadeau tombé du ciel. Les précédentes insurrections ont eu comme résultats de nombreuses défaites et des répressions envers les résistants. Actuellement nous sommes un pays indépendant mais personne ne nous écoute. La montée de l’intégrisme islamique pourrait complètement changer notre position en affaiblissant les pays qui souhaitent nous dominer.

En me basant sur des informations provenant de l’agence de renseignement privée américaine Stratfor tout en y ajoutant d’autres éléments, je conclus qu’un des scénarios possibles pour l’Europe pourrait être le suivant :

– une augmentation des attentats terroristes dans les pays d’Europe occidentale, notamment en France et en Allemagne
– une rébellion des couches de population les plus défavorisées vu la politique de l’austérité et la baisse du pouvoir d’achat de la plupart des citoyens, ce qui aurait comme conséquence l’augmentation du nombre de zones de non-droit ainsi que de l’insécurité
– une énorme crise économique en Europe occidentale pourrait être le résultat d’une taxation abusive des revenus et de réglementations de plus en plus strictes et absurdes qui découragent la création d’initiatives privées et de nouveaux emplois
– l’éclatement de la Russie en plusieurs états, principalement à cause d’une éventuelle montée en puissance de l’Emirat du Caucase grâce au soutien de djihadistes étrangers ainsi que des problèmes économiques. Les prix du gaz et du pétrole ont baissé sur les marchés il y a déjà plusieurs années. Cela a eu pour conséquence la diminution des recettes de la Russie. En plus d’ici peu les pays d’Europe centrale et orientale se fourniront auprès de la Norvège et des Etats-Unis via les infrastructures de la Pologne.

Ces éléments pourraient être plus que favorables pour les pays d’Europe centrale et orientale qui seraient alors une oasis de stabilité en plein centre d’un continent exposé à de gros problèmes internes. Non seulement la construction de l’Intermarium ou de l’Initiative des trois mers pourrait voir le jour, mais en plus nos pays pourraient attirer les grandes fortunes et les classes moyennes des pays occidentaux. Ces gens-là auraient chez nous la possibilité de vivre dans des pays qui ressemblent aux leurs il y a des années tout en ayant rien à craindre en ce qui concerne l’insécurité et une taxation abusive du travail, de la fortune et du capital.

Pour en revenir à la Russie, hormis le danger qu’elle représente pour certains pays d’Europe centrale et orientale, je suis d’avis qu’elle est trop grande pour pouvoir faire partie d’une telle alliance comme le propose Monsieur Pierre-Emmanuel Thomann. Elle crée d’ailleurs son propre projet qui regroupe certaines anciennes républiques soviétiques sous sa tutelle comme je l’ai expliqué plus haut. Un autre élément rend la Russie incompatible avec l’Union européenne. Ces dernières années ce pays s’est permis d’agresser l’Ukraine et la Géorgie, sans oublier la profanation des corps des victimes du crash de l’avion présidentiel polonais ayant eu lieu à Smolensk le 10 avril 2010. Par ailleurs, la Russie fut un de nos anciens occupants. Ce pays peut représenter un réel danger pour nous surtout vu que l’histoire nous a prouvé à de nombreuses reprises que l’Allemagne a tendance à s’arranger avec la Russie derrière notre dos. En ajoutant les relations plus que lamentables avec la France, la Pologne n’a vraiment aucun intérêt à prendre part à un tel projet. La création d’un axe entre Paris, Berlin et Moscou serait un coup dur pour le pays qui pourrait mettre un terme à son indépendance ou en faire un état complètement fantoche. L’Allemagne pourrait se partager les pays d’Europe centrale et orientale dans le cadre du concept „Mitteleuropa”.

Autant donc se séparer et construire l’Intermarium ou développer l’Initiative des trois mers. Les projets d’Emmanuel Macron ne conviennent pas aux pays d’Europe centrale et orientale. Ceci est déjà une raison suffisante pour nous séparer et prendre des chemins différents. Un tel divorce devrait impliquer bien sûr la fermeture de notre marché aux intérêts français tout en instaurant des droits de douane. Pourquoi acheter des voitures françaises alors qu’elles tombent souvent en panne? Pourquoi ne pas tester les véhicules indiens et chinois? En ce qui concerne la France, ses bénéfices ayant suite à une rupture de nos relations commerciales serait la disparition de ce que certains appellent le „dumping social”. Vu que la France et d’autres pays de l’Union européenne font appel au protectionnisme, il serait grand temps de se débarrasser du „dumping du grand capital”. Les banques françaises et les supermarchés français devraient rendre la Pologne aux mains des Polonais. Ils ne participent pas au développement de notre économie. Au contraire, ces entreprises transfèrent leurs bénéfices à l’étranger.

Un autre élément rend une alliance entre la Pologne et la Russie impossible. Donald Tusk, le Président du Conseil européen qui fut à l’époque le Premier ministre de la Pologne, a fait une énorme erreur suite au crash de l’avion présidentiel à Smolensk le 10 avril 2010. Si les Hollandais ont su faire venir l’épave de l’avion abattu en République populaire de Donetsk, Donald Tusk aurait pu demander du soutien de la part d’Angela Merkel et de Barack Obama afin de récupérer les restes du Tupolev Tu-154. Cela aurait permis d’éviter un long débat qui dure encore aujourd’hui : celui de l’hypothèse d’un attentat et de l’assassinat du Président polonais et du héros national de la Géorgie, Lech Kaczyński. Les Russes ont manqué énormément de respect envers les Polonais suite à cet accident. Ils se sont permis de profaner les corps. Trois ou quatre bras furent trouvés dans une des tombes et ce n’est qu’un exemple parmi de nombreux d’autres. Les Russes se sont également permis d’utiliser les cartes de crédit et les téléphones portables des victimes. Un tel comportement n’est pas normal pour un pays qui a l’air pourtant civilisé.

Une alliance de l’Intermarium ou de l’Initiative des trois mers avec les Etats-Unis et celle de la France et de la Russie pourraient diviser l’Europe mais par contre lui apporter un certain équilibre. Cette remarque de Monsieur Pierre-Emmanuel Thomann a une certaine logique avec laquelle je suis d’accord. Néanmoins, les intérêts de la Russie de ne limitent pas à l’Europe. Son territoire asiatique ainsi qu’entre autres le Kazakhstan pourraient tomber dans la zone d’influence chinoise. L’alliance sino-russe ne semble donc pas être durable. A moyen ou à long terme, la Russie devrait donc s’allier avec les Etats-Unis contre la Chine. Cela aurait pour conséquence de modifier le projet eurasiatique.

A quoi ressemblerait-il alors? Dans le cas d’une alliance russo-américaine, que deviendraient alors les pays d’Europe centrale et orientale? Quel serait le rôle de l’Allemagne? Est-ce qu’il serait possible de construire un équilibre durable ou aurions-nous droit à de nombreuses guerres comme cela fut le cas dans le passé?

La situation géopolitique actuelle est si complexe qu’il est très difficile de prévoir l’avenir. L’époque à laquelle nous vivons est historique. Les décisions qui auront lieu d’ici les quelques prochaines années donneront lieu à un nouvel ordre mondial. Je tiens à préciser que ce nouvel ordre mondial n’a rien avoir avec les diverses théories de conspiration qui circulent sur Internet. Il s’agit tout simplement du passage d’un monde unipolaire à un monde multipolaire. Lors du changement de l’ordre mondial, deux options sont possibles :

– une nouvelle guerre mondiale qui a peut-être déjà commencé sans que nous le sachions. Lorsque le Japon attaqua la Mandchourie en 1937 et l’Allemagne et son allié l’Union soviétique la Pologne en 1939, les trois agresseurs en question ne savaient pas encore qu’ils avaient déclenché un conflit global. La situation de l’économie mondiale pourrait mener à cela car il n’y a rien de mieux qu’une bonne guerre pour remettre les compteurs à zéro.
– une transition assez pacifique avec tout de même quelques guerres régionales comme ce fut le cas en ex-Yougoslavie suite à la chute du bloc de l’Est et la désintégration de l’Union soviétique. Les armes de destruction massive sont un argument en faveur de ce genre d’évolution car les grandes puissances ne peuvent pas se permettre de se faire la guerre de manière directe.

La guerre en Syrie est selon moi un des conflits régionaux en question voire même un des premiers épisodes de la Troisième Guerre mondiale. Etant pacifiste, j’espère qu’il s’agit plutôt d’un conflit régional. Malgré des réticences envers la Russie, je dois avouer une chose. Seuls Bachar el-Assad et Vladimir Poutine peuvent rétablir l’ordre en Syrie. Bachar el-Assad n’est pas un ange comme ne le furent pas également Mouammar Kadhafi et Saddam Hussein. Néanmoins, durant l’ère de ces dictateurs, la Syrie, la Libye et l’Irak furent stables et ont même connu des périodes de prospérité. Actuellement la Libye est un état défaillant où l’esclavage est de retour. Comme me l’a dit un ami syrien au début du conflit dans son pays d’origine : „Les intellectuels appellent à la révolution, le peuple se révolte et ce sont les extrémistes qui prennent le pouvoir.” Vu la création de l’Etat islamique et du chaos régnant en Libye, je constate qu’il avait raison. La démocratie libérale n’est pas un régime qui convient à tous les pays du monde. Pars ailleurs son instauration n’est souvent qu’un prétexte utilisé par l’Occident pour mettre place des marionnettes au pouvoir dans des pays stratégiques. Il est plus qu’évident que le but de la guerre en Irak ne fut pas la libération du peuple irakien mais plutôt les intérêts pétroliers des Etats-Unis. Lors du printemps arabe et de la révolution en Ukraine, les services secrets de divers pays n’ont pas hésité à rajouter de l’huile sur le feu. Certaines de ces révoltes furent même organisées à partir de l’étranger.

Source de l’image principale : http://eurasian-studies.org/
Lien vers ma page Facebook : https://www.facebook.com/helinski/
Lien vers mes articles publiés sur Pressmania : http://pressmania.pl/author/pawel-helinski/
Vous pouvez également m’écrire si vous avez des questions : kontakt@helinski.info