Le réseau TEC Liège-Verviers achète des nouveaux bus hybrides à la société polonaise Solaris Bus & Coach. Ces véhicules coûtent environ 50 % de plus que les bus classiques. Leurs nombreuses qualités dont l’air conditionné, les ports USB mis à disposition des passagers pour recharger leurs téléphones portables, les sièges en cuir ainsi qu’un mode de fonctionnement plus écologique justifient ce prix. Les bus Solaris sont également adaptés pour le transport des personnes handicapés. Cette commande est un succès de plus pour Solaris Bus & Coach. Ses autobus roulent déjà entre autres à Berlin, Tel Aviv, Jérusalem et bien évidemment à Poznań, Varsovie ainsi que de nombreuses autres villes polonaises.

La Pologne joue de moins en moins le rôle d’un pays proposant des produits et des services bon marché. Lors d’une conférence de la Chambre polono-biélorusse du commerce et de l’industrie qui s’est déroulé durant une des nombreuses foires de Poznań en 2013, un représentant biélorusse haut placé – Monsieur l’Ambassadeur si ma mémoire est bonne – a posé la question suivante : Que pouvons-nous faire ensemble pour que nos deux „républiques” deviennent quelque chose de plus qu’un réservoir de main d’œuvre bon marché? Solaris Bus & Coach apporte une réponse très concrète à cette question. Nos deux pays devraient miser sur les produits de bonne qualité – voire carrément des produits de luxe – ainsi que l’innovation.

L’objectif du TEC Liège-Verviers n’est pas seulement de mettre à disposition de ses clients des bus plus silencieux et plus confortables. La compagnie wallonne souhaite réduire ses émissions de gaz à effet de serre. En deux ans elles devraient baisser de 9 %. Les bus Solaris utilisent moins de carburant car ils récupèrent une partie de l’énergie de freinage sous forme d’électricité. Cela leur permet donc de rouler en mode zéro émission lorsque le moteur électrique prend la relève sur le moteur carburant. Le TEC Liège-Verviers disposera de 162 autobus polonais d’ici les deux années à venir.

Solaris Bus & Coach est une des rares grandes entreprises polonaises détenues par du capital polonais. Cette société innovante fut créée en 1994 par Krzysztof et Solange Olszewscy sous le nom Neoplan Polska Sp. z o.o. Sa direction se compose de six personnes dont deux femmes. Solange Olszewska fut nommée C.E.O. en 2008, et ce malgré le manque de quotas en ce qui concerne le nombre de femmes au sein de la direction des sociétés polonaises. D’après une étude d’Eurostat sur l’égalité salariale entre les hommes et les femmes datant d’il y a deux ans, la Pologne se classe à la troisième place juste après la Slovénie et Malte. Malgré encore un tout petit effort à accomplir, en Pologne il est assez évident qu’une femme devrait gagner autant qu’un homme pour le même travail effectué.

Un autre signe de la modernité du pays est son système bancaire. En Belgique il faut jusque deux jours pour transférer de l’argent sur un compte se trouvant auprès d’une autre banque. Le système ELIXIR polonais permet au bénéficiaire de recevoir l’argent le jour même si le virement est effectué en début de matinée. Les fonds arrivent parfois même avant midi. Il existe encore deux autres moyens de transférer de l’argent via des comptes bancaires polonais : Express ELIXIR et BlueCash. En utilisant un de ces deux virements qui sont pour la plupart des clients payants, l’argent arrive instantanément sur le compte bancaire du destinataire. Une autre innovation qui existe en Pologne depuis dix ans est le paiement par carte Visa payWave et MasterCard PayPass. En Belgique ce type de cartes bancaires est une nouveauté. Les applications Jakdojade et SkyCash proposent quant à elles d’acheter des tickets de transports en commun à l’aide de son smartphone. Jakdojade sert également à trouver son chemin et à mettre à disposition les différents horaires. Les créateurs de l’application sont en train de travailler sur un système capable de guider les passagers non selon les horaires théoriques, mais en utilisant des antennes GPS placées sur les bus et les trams ainsi que des informations sur les embouteillages. La Pologne commence également à développer l’Internet mobile de 5ième génération dont la vitesse sera d’1 GB à la seconde.

Un des éléments du succès de Solaris Bus & Coach est la mentalité de la région de laquelle provient l’entreprise : la Grande-Pologne dont la capitale est la ville de Poznań située entre Berlin et Varsovie. Avant la Première Guerre mondiale, la Pologne fut le Kurdistan d’Europe durant 123 ans malgré son histoire vieille de plus de mille ans et son statut de première puissance européenne juste avant son déclin. Le pays fut divisé entre la Prusse, l’Autriche et la Russie. La région de Poznań s’est retrouvée sous occupation prussienne. L’Allemagne fut déjà une grande puissance économique à cette époque. Les Polonais vivant sous occupation allemande devaient donc faire concurrence aux entreprises allemandes. C’est ainsi qu’après la renaissance de la Pologne via la II République, la Grande-Pologne est devenue une des locomotives de l’économie polonaise avec la Silésie – une région riche en charbon.

L’apogée de la Pologne était due à son union avec la Lituanie. Le traité politique signé le 1er juillet 1569 à Lublin entre le Royaume de Pologne et le Grand-Duché de Lituanie fusionna les deux entités en un seul état : la République des Deux Nations. Son territoire s’étendait sur la majorité des terrains actuels de la Pologne, de la Lituanie, du Bélarus et de l’Ukraine. Il engloba durant une partie de son histoire y compris des territoires russes, lettons, moldaves et estoniens. Les Polonais et les Lituaniens ont même occupé Moscou durant un moment. Chaque année les Russes fêtent d’ailleurs le Jour de l’Unité nationale le 4 novembre pour commémorer l’expulsion des forces de la République des Deux Nations du Kremlin en 1612. La Première Rzeczpospolita – un terme intraduisible en français qui se rapproche du mot „République” – fut le deuxième pays au monde et le premier en Europe à adopter une Constitution le 3 mai 1791. Cet état fut également une terre d’accueil et de tolérance. La majorité catholique y vivait en paix avec des Juifs, des Tatars musulmans, des orthodoxes ainsi que des protestants venant s’y réfugier à la suite des persécutions dans leurs pays d’origine. La Pologne ne fut pas le pays européen le plus peuplé de Juifs en Europe avant la Seconde Guerre mondiale par pur hasard. C’est cette ouverture qui a fait de la Rzeczpospolita la première puissance européenne. Le déclin fut le résultat d’une démocratie trop évoluée qui instaura le droit de veto à l’ensemble des députés de la Diète, c’est-à-dire du parlement de la Rzeczpospolita. Le liberum veto a rendu le pays ingouvernable car une seule personne pouvait se permettre de bloquer toutes sortes de décisions sans même en expliquer la raison. Le deuxième coup de grâce arriva après l’instauration de la Constitution. Un groupe de traitres voulant garder leurs privilèges a fait appel à de l’aide venant de l’étranger. Le résultat final fut le troisième démantèlement de la Rzeczpospolita par la Prusse, l’Autriche et la Russie à la suite d’un traité signé le 24 octobre 1795 et la disparition du pays de la carte du monde. Les deux précédentes partitions entre les trois états ennemis de la Pologne et de la Lituanie ont eu lieu en 1772 et en 1793. Un siècle avant les forces du Roi Jan III Sobieski ont sauvé Vienne et une grande partie de l’Europe d’une invasion musulmane. Si la bataille gagnée le 12 septembre 1683 aurait été perdue, une Rzeczpospolita indépendante ayant une grande frontière commune avec l’Empire ottoman aurait peut-être pu survivre.

La trahison de la Rzeczpospolita par une partie de ses élites est comparable avec le comportement scandaleux de l’actuelle opposition totale polonaise qui cherche des alliés auprès de la France, l’Allemagne, la Commission européenne ainsi que les anciens membres des services de répression communistes. Les conflits internes entre les Polonais devraient se régler entre Polonais. L’histoire se répète. Une partie des élites précédemment au pouvoir n’arrive pas à digérer sa défaite. Ce sont ces gens-là qui salissent l’image du pays en faisant croire qu’il est en train de devenir une dictature, ce qui est complètement aberrant. Le pire ennemi de la Pologne n’est ni la Russie ni l’Allemagne, mais les Pologne elle-même.

L’histoire de la Rzeczpospolita devrait servir d’avertissement pour l’Union européenne dont principalement la France et l’Allemagne ont un réel pouvoir de décision. Les Polonais ont fini par dominer la Rzeczpospolita. Les conséquences actuelles sont des relations assez difficiles entre la Pologne et la Lituanie. La minorité polonaise en Lituanie est discriminée au point d’être obligée de changer les prénoms et les noms de famille polonais en des prénoms et des noms qui ont l’air lituaniens. Voici un exemple : Paweł Heliński – Paulius Helinauskas. Quant à l’ouest de l’actuelle Ukraine, les Ukrainiens y ont effectué des purges ethniques sur les populations juives et polonaises durant la Seconde Guerre mondiale en collaborant avec l’Allemagne nazie. Une éventuelle dissolution d’une Union européenne fédérale construite sur des mauvais fondements pourrait donner suite à une deuxième Yougoslavie.

À la suite de la renaissance de la Pologne ayant lieu lors de la Première Guerre mondiale, divers projets ayant pour but de faire ressusciter la Rzeczpospolita historique ont échoué. Józef Piłsudski – un des pères de l’indépendance retrouvée – voulait créer une fédération englobant la Pologne, la Lituanie, le Bélarus et l’Ukraine. Plus récemment les projets de l’Intermarium et de l’Initiative des trois mers sont assez présents dans les débats politiques polonais. Néanmoins, recréer la Rzeczpospolita historique semble impossible dans les décennies qui vont suivre. Les pays baltes ont retrouvé leur indépendance à la suite de la chute de l’URSS et ont réussi avec la Pologne à sortir de la zone d’influence russe. L’Ukraine a eu le même rêve. Ses conséquences furent la perte de la Crimée ainsi que de Donetsk et de Lougansk. Quant au Bélarus, ce pays a fait une énorme erreur en laissant s’y implanter des troupes russes et chinoises. Une grande partie des Biélorusses ont comme ascendants des Polonais et des Lituaniens. Etant donné que la Pologne et la Lituanie se trouvent dans l’Union européenne et la zone d’influence américaine et le Bélarus dans la zone d’influence russe – sans oublier l’échec d’une réorientation de l’Ukraine vers l’Occident – fédéraliser les anciens territoires de l’ancienne République des Deux Nations semble plus qu’irréaliste.

Józef Piłsudski / http://nadarzyn.tv/
Une nation qui perd sa mémoire n’est plus une nation. Elle ne devient qu’un ensemble de personnes qui vivent temporairement sur un territoire donné.

 

L’Intermarium / https://wolnemedia.net/

L’Initiative des trois mers : la création d’un groupe de pays d’Europe centrale et orientale travaillant ensemble est bien possible. Ce concept pourrait rentrer dans le cadre de la construction d’une Union européenne divisée en plusieurs blocs capables de contrebalancer le couple franco-allemand pour arriver à un équilibre durable. Malheureusement l’Initiative des trois mers n’englobe ni l’Ukraine, ni le Bélarus, ni la Géorgie – un autre pays ami de la Pologne dont le Président Lech Kaczyński mort dans un crash d’avion en 2010 est devenu un Héros National.

Lech Kaczyńśki a risqué sa propre vie en se rendant à Tbilissi durant la guerre qui opposait la Géorgie face à la Russie en 2008 accompagné des présidents de la Lituanie, l’Estonie, l’Ukraine et du Premier ministre letton (Valdas Adamkus, Toomas Hendrik Ilves, Viktor Iouchtchenko ainsi qu’Ivars Godmanis). Cela a poussé l’armée russe à ne pas envahir toute la Géorgie. Un éventuel bombardement de la capitale Tbilissi tuant la délégation servant de bouclier humain aurait pu donner suite à des représailles venant de la part de l’OTAN. Lech Kaczyński a ainsi prouvé qu’il avait des attributs masculins dont je ne citerai pas le nom par politesse non en fer mais en plomb. / Source de la photo : http://niezalezna.pl/

Pour en revenir à l’économie polonaise après cette longue digression historique, le communisme instauré par les soviétiques et les parias polonais qui ont vendu leur honneur à ces derniers a freiné le développement du pays. Le socialisme est un système qui ne marche pas et qui ne marchera jamais sur le long terme. Néanmoins, il ne faut pas totalement diaboliser l’économie dirigée par l’état. La ville de Varsovie fut complétement reconstruite après la Seconde Guerre mondiale et ce malgré que la Pologne n’a jamais obtenu de réparations de guerre de la part de l’Allemagne et a dû refuser le Plan Marshall vu son rôle de satellite de l’URSS. La fin du régime communiste sur le plan économique ne date pas de la fin de la dictature mais du 23 décembre 1988 lorsque la loi Wilczek instaurant le capitalisme a vu le jour. La Pologne fut durant cette période beaucoup plus capitaliste qu’aujourd’hui. Tout le monde pouvait exercer une activité en tant qu’indépendant sans payer des sommes astronomiques à l’état comme c’est le cas actuellement. La TVA n’y existait pas et la bureaucratie y était minime. La Pologne fut un vrai paradis pour la libre entreprise à cette époque.

Les années suivantes la Pologne a fait des énormes erreurs en privatisant trop vite ses bijoux de famille. Les entreprises telles que les banques, les médias ainsi que d’autres secteurs stratégiques n’auraient jamais dû être vendus à des étrangers. Quant au reste, l’état aurait dû gérer le patrimoine national en bon père de famille. En Chine un tel système économique marche à merveille. Il s’agit du capitalisme d’état – „State Capitalism” en anglais. Au lieu de veiller aux intérêts du pays, de nombreux traîtres ont accepté des millions en pots de vin sous la table afin de vendre des entreprises qui en valaient des milliards pour des mies de pain. Une privatisation assez scandaleuse était celle de TPSA : Telekomunikacja Polska Spółka Akcyjna (Télécommunication Polonaise Société Anonyme). Elle ne fut pas réellement privatisée car son acheteur France Télécom était lui aussi une entreprise publique, mais aux mains du trésor public français. Jan Kulczyk – une figure emblématique du business polonais décédé en 2015 – a encaissé la moitié de la somme a l’occasion. Ensuite des techniciens français se sont rendus en Pologne afin de démonter le nouveau matériel et le remplacer par du vieux français en disant : „Vous n’avez pas besoin de cela chez vous.”

Néanmoins, malgré cette politique, la Pologne a réussi à faire un grand bond en avant. Actuellement les Polonais sont en train de racheter une partie de leur patrimoine vendu pour moins que rien. Cela permet aux investisseurs étrangers de réaliser d’énormes plus-values. Il est fort probable que les privatisations sauvages furent le prix non-officiel à payer pour sortir de la zone d’influence russe. Même la Banque Mondiale y a participé. La contrepartie de ce deal fut l’entrée de la Pologne dans l’OTAN – c’est-à-dire l’achat de sa protection militaire – et dans l’Union européenne. L’adhésion à l’Union européenne commence à avoir un impact de plus en plus grand sur les revenus des travailleurs. Etant donné que les Polonais peuvent partir travailler dans n’importe quel pays de l’Espace Schengen – y compris la Suisse – et de l’Espace économique européen (c’est-à-dire les 28 pays membres de l’Union européenne ainsi que l’Islande, la Norvège et le Liechtenstein), il manque de main d’œuvre au pays. L’émigration d’environ deux à trois millions de Polonais associée à un des taux de natalité les plus bas du monde (au point qu’il était moins élevé que celui de la Chine durant sa politique de l’enfant unique) est la recette idéale vers la faillite du système des retraites publiques. Pour contrebalancer cela et fournir des travailleurs aux entreprises, la Pologne incite les Ukrainiens à venir s’y installer mais ils commencent tout doucement à se rebeller. Ils créent notamment des syndicats vu qu’ils se rendent très bien compte qu’ils sont le dernier espoir du pays. Aujourd’hui ils sont environ un million à y vivre. Le gouvernement polonais compte en faire venir encore trois ou quatre millions, ce qui fera d’eux une minorité nationale d’environ 12 % dans les prochaines années. La migration des deux peuples a pour conséquence d’énormes transferts d’euros, de livres britanniques, de francs suisses et de couronnes danoises, suédoises et norvégiennes vers la Pologne et de złotys ou des autres devises achetées avec des PLN vers l’Ukraine. Les travailleurs ukrainiens ont non seulement le droit de travailler dans leur pays d’arrivé, mais également celui de percevoir de l’argent du programme nataliste 500+ pour leurs enfants vivant en Ukraine : 500 złotys, c’est-à-dire environ 125 euros. C’est l’équivalent d’un salaire dans le grenier à blé de l’Europe.

L’ouverture des frontières donnant suite à des changements au niveau ethnique et démographique, les transferts de fonds des émigrés polonais et des immigrés ukrainiens, la hausse des exportations (la Pologne a une balance commerciale excédentaire), l’arrivée des subsides européens, des investissements étrangers, des touristes et des étudiants Erasmus et surtout le passage à un système plus capitaliste ont complètement métamorphosé la Pologne. Il y a peu, HB Reavis – une entreprise slovaque – a commencé à construire la Varso Tower qui sera d’ici peu le gratte-ciel le plus haut de l’Union européenne avec ses 310 mètres. Le montant total de l’investissement est évalué à un demi-milliard d’euros. Il n’est pas à exclure que d’ici peu une marque de voiture polonaise apparaîtra sur le marché – soit une nouvelle, soit une ancienne qui a disparu durant les dernières décennies. Solaris Bus & Coach pourrait essayer d’en créer une hybride ou/et électrique en misant sur ses nouvelles technologies.

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