Certains europhiles rêvent d’une Europe politique et d’une armée européenne. Néanmoins, ces mêmes personnes semblent totalement ignorer que l’Union européenne devrait d’abord coopérer dans un autre domaine plus que stratégique : la sécurité énergétique. Actuellement les élites françaises et allemandes reprochent à la Pologne et à d’autres pays d’Europe centrale et orientale de ne penser qu’à leurs propres intérêts. Il s’agit d’une énorme hypocrisie. Le Nord Stream – un gazoduc peu écologique sous la mer Baltique contournant la Pologne, la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, le Bélarus et l’Ukraine – est bien une preuve que certains sont plus égaux que d’autres. La coopération entre l’Allemagne et la Russie dans le cadre de ce projet fut comparée au pacte Ribbentrop-Molotov par le Ministre des Affaires étrangères polonaises Radosław Sikorski dont ce poste lui fut confié de 2007 à 2014 – avant l’arrivée du PiS et de sa coalition au pouvoir.

Pour rappel, la Russie se sert de ses livraisons de gaz pour exercer des pressions politiques envers les pays qui y sont dépendants. Ce monopole présent dans plusieurs états membres de l’Union européenne est plus que désavantageux. Gazprom peut également se permettre de dicter ses prix. Bien que le Bélarus et l’Ukraine ne fassent pas partie de l’Union européenne, il n’est vraiment pas dans l’intérêt des pays frontaliers avec l’Union économique eurasiatique de les laisser dans les mains des Russes. L’Ukraine est devenu le nouvel état tampon entre le bloc euro-atlantique et eurasiatique – en particulier la Russie. Quant à la Biélorussie, ce pays aimerait s’émanciper de plus en plus de son grand voisin oriental. La possibilité de couper le gaz aux pays d’Europe centrale et orientale tout en continuant à en livrer aux pays d’Europe occidentale offre à la Russie de l’influence sur toute cette région.

Le rôle de l’ancien Chancelier allemand Gerhard Schröder fut plus que controversé en ce qui concerne cette trahison. Il fit tout son possible vers la fin de son mandat en 2005 pour que la construction du Nord Stream puisse commencer. Il fut ensuite choisi pour siéger dans le conseil de surveillance de ce consortium moyennent une gigantesque rémunération. Ce conflit d’intérêts plus qu’évident n’a pas fait uniquement scandale en Pologne et dans les autres pays lésés par ce coup poignard dans le dos, mais également en Allemagne.

Actuellement les autorités russes et allemandes essayent de faire passer la deuxième partie de ce projet plus que sensible : le Nord Stream 2, un second gazoduc sous-marin passant juste à côté du premier. La Pologne n’a pas le droit de réformer son système de justice pathologique hérité de l’ère communiste. Elle a dû se plier face à la Cour de justice de l’Union européenne ainsi que la Commission européenne et faire un pas en arrière. En revanche l’Allemagne étant beaucoup plus puissante déboursera de l’argent pour que l’Union européenne finisse par accepter la construction du Nord Stream 2.

Les conséquences en seront très lourdes. Le projet d’une armée commune sera plus difficile à construire. Lors d’un conflit militaire les Polonais auront intérêt à faire exploser ces deux gazoducs sous-marins plutôt que de les protéger. Une guerre commerciale divisant encore plus l’Union européenne est également à prévoir. La Pologne est déjà en train d’importer du gaz de schiste liquéfié en provenance des Etats-Unis via le Terminal GNL de Lech Kaczyński à Świnoujście. La Croatie compte également suivre son exemple. En plus Donald Trump a déjà décidé d’augmenter les droits de douane sur les voitures allemandes. Au lieu de construire une Europe politique, deux nouveaux blocs menant une rivalité sans solidarité et sans aucune pitié l’un contre l’autre verront le jour :

– l’axe Paris-Berlin-Moscou
– les Etats-Unis et les futurs états membres de l’Intermarium

L’Europe sera de nouveau divisée en deux parties mais les alliances n’auront rien avoir avec l’ère de la Guerre froide. L’Allemagne est en train de prouver que ses intérêts particuliers sont plus importants que ceux de l’Union européenne dans son ensemble. La France ne souhaite plus voir de soldats américains sur le sol européen. L’Allemagne et la Russie non plus. Adolf Hitler ne les a d’ailleurs jamais invités… En revanche la Pologne et la Roumanie sont en train d’accueillir des bases militaires américaines. A la suite d’une visite de Donald Trump au sommet de l’Initiative des trois mers réunissant les pays situés entre la mer Baltique, la mer Noire et le mer Adriatique des contrats furent signés. Le but des américains en ce qui concerne l’exportation de gaz de schiste liquéfié n’est pas que commercial. Le gouvernement fédéral compte pousser les entreprises du pays à mener une guerre des prix. Les recettes du budget de la Fédération de Russie sont fort liées aux cours du gaz et du pétrole. C’est ainsi que les Américains comptent mettre un de leurs principaux rivaux à genoux. La Pologne et les Etats-Unis comptent livrer du gaz de schiste non seulement aux autres pays de l’OTAN, mais également au Bélarus, à la Moldavie et à l’Ukraine.

L’Allemagne continuera de mentir comme quoi ces gazoducs ne sont que des projets commerciaux n’ayant aucun impact sur l’écosystème de la mer Baltique. L’écologie est un des principaux chevaux de bataille de l’Union européenne – du moins officiellement… Les lobbystes financés par Berlin et Moscou arriveront à persuader (ou corrompre de manière directe ou indirecte) les personnes décisives sur le plan européen. Vu les mauvaises relations entre les Etats-Unis et l’Allemagne et le conflit entre la Russie et l’Ukraine le jeu ne fait que commencer. Si Donald Trump a refusé de serrer la main à Angela Merkel lors d’une conférence de presse ce n’est pas un hasard. Les cartes en Europe sont en train d’être redistribuées. Un nouvel ordre mondial va bientôt voir le jour. Dans ce nouveau monde multipolaire l’Union européenne finira par y exister uniquement sur papier si de telles dérives que la construction du Nord Stream 2 continueront à être tolérées par ses dirigeants.

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